Ligature-toi les trompes

     The Handmaid’s Tale, c’est ce récit qui déchire sa mère dans tous les sens du terme et d’abord dans ses ovaires.

 

     Adapté du roman de Magaret Atwood écrit en 1985, The Handmaid’s Tale est une sombre plongée dans un monde fictif pas si fictif que ça. Catégorisée comme dystopie (contre-utopie), la série confronte à un dilemme dont la solution est née pour un meilleur mais « pas pour tout le monde ». Et parce que le principe même de la dystopie se doit d’être celui d’une horreur construite sur le réel, dis-toi que The Handmaid’s Tale, ce n’est que le presque demain ou le déjà aujourd’hui d’une humanité défigurée.

     Non, il n’y aura pas de boucherie. Il y aura bien l’horreur mais pas comme tu t’y attends. Le saccage sera là d’une manière que tu connais déjà plus ou moins et, qui ravage l’humanité dans ses fondements aussi bien biologiques que conceptuels. La barbarie de The Handmaid’s Tale, ce sera l’oppression et le musèlement. La monstruosité, elle, tiendra dans un totalitarisme déshumanisant, vague écho aux propos d’Hannah Arendt dans Les origines du totalitarisme : « Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus. […] Justement parce qu’il possède en lui tant de ressources, l’homme ne peut être pleinement dominé qu’à condition de devenir un spécimen de l’espèce animale homme. C’est pourquoi le caractère est une menace et même les règles légales les plus iniques sont un obstacle mais l’individualité, comme tout ce qui, bien sûr, distingue un homme d’un autre, est intolérable ».

     The Handmaid’s Tale ce sera donc la perte de l’identité jusqu’au-boutisme. Alors prépare-toi en ce sens à rencontrer une société trop admirative du résidu de son trou du cul, pour prendre conscience de ses dérives…

     Qui pourrait en effet se soucier de l’impact des pesticides et de la pollution sur la natalité, d’autant plus quand des attentats sévissent un peu partout ? A moins que ces derniers ne soient qu’un leurre pour détourner l’attention publique ou un vaste coup d’Etat ? Le renversement aura eu lieu quoi qu’il en soit et bien avant le 1er épisode. Te faisant régresser vers un règne de l’obscurantisme et d’une misogynie si brutale, que ce sont les scènes traînantes et les gros plans qui te feront violence.

     L’horreur ce sera finalement ce moment où tu te heurteras à la solitude de June/Offred, le personnage principal. Ce sera cet instant où tu glisseras dans un ravin faute d’avoir regardé d’un peu trop près le non-choix qui se présente à elle. C’est plus précisément quand tu comprendras ce que c’est que d’être une femme fertile dans un monde où les enfants ne courent plus. Lorsque tu verras cette même femme être violée par des couples stériles dont elle n’est que la propriété. Tu verras l’Épouse lui tenir les poignets pendant que son mari se vide…

     Qu’importe ! The Handmaid’s Tale n’est que la fiction d’une société devenue totalitaire sans prévenir, suite à un état d’urgence nécessitant la restriction des libertés individuelles. Ce ne sera jamais alors ici que la constitution des femmes qui décidera pour elles de leur fonction, dans ce beau pays où la Bible se relit à la virgule même. Il ne leur faudra pas quoi qu’il en soit espérer se rebeller, au risque de se faire pendre sur la place publique ou de finir dans l’équivalent d’un goulag. La brutalité sera présente en effet tout du long des épisodes, dans ce trop-plein d’émotions bridé et dans le simple fait d’être une femme quand le contexte en banalisera pourtant le sort.

     Prends dans tous les cas ton mal en patience, faute de trouver un bon site de streaming, il n’en sera que plus abrupt. La série sera diffusée en France le 27 juin, ce qui te laisse le temps de réfléchir à cette autre citation d’Hannah Arendt : « c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».