Achète-toi des couilles!

     « Ça débande ». Sérieusement. C’est le problème de personne mais de Monsieur Tout Le Monde. Un peu aussi, beaucoup, celui de Madame. Finalement donc, c’est le problème de tout le monde malgré tout. Avant de te renvoyer dans tes pénates dont tu as perdu le chemin, je te débriefe sur le sujet histoire de te regonfler les parties génitales (ou de te faire revenir les rognons jusqu’au bout, va savoir). Le tout à coups de Sylvia Deutsch et de son Demain Dieu sera blonde mais à ma sauce, parce que je suis bonne cuisinière.

 

     Je t’apprends rien en disant que les poissons changent de sexe ?! Si… Ben les hommes aussi ! Et même que si le clitoris est bien un pénis atrophié, il nous faudra sans doute bientôt accepter que l’essentiel de l’hétérosexualité tienne dans l’art du cunnilingus. Derrière la provocation, se cache surtout le cynisme d’un constat relayé par Sylvia Deutsch à l’heure de l’extrême onction. L’augmentation du taux d’œstrogène induit par la pollution, féminise les organismes. Rien que ça. Parce que oui, certaines molécules nommées à juste titre « perturbateurs endocriniens » pourraient nous amener à téter du Lactel à même les pectoraux d’un rugbyman. Phytœstrogène, bisphénol, dieldrine, endosulfan,…la liste est longue et non exhaustive, seulement réelle et bien salope, à même de conduire à la paranoïa. Pesticides, cosmétiques, produits agroalimentaires…. sont en ligne de mire et impactent la différenciation sexuelle tout comme la virilité. Ces molécules ont en effet la particularité de leurrer le système endocrinien qui assume la coordination des fonctions reproductives et de la fertilité. Pas de chance, en biaisant les messages, c’est la production hormonale qui est feintée et donne sens au proverbe « prendre des vessies pour des lanternes ». L’œstrogène y est alors confondue avec de la testostérone, ce qui revient au même au final. Les hormones féminines y sont produites plus que de raison. Quand la gangrène par le féminin n’a pas lieu, ce sont des anti-androgènes qui neutralisent les glandes du mâle et s’occupent du placage au sol. Et si les poissons changent bien de sexe, les mammifères ne sont pas en reste. Multiplication de cas de micropénis chez nos amis les bêtes…. Chez nos amis les hommes aussi. La fertilité est de son côté en berne, le sperme du vainqueur n’est plus qu’un mythe. Les analyses chiffrent une baisse du nombre de spermatozoïdes viables sur les éjaculations. C’est la fin du « hourra » lors du but marqué ou l’acmé du tir à blanc. Même joueur joue encore…

     Et quand les dernières années ont été marquées par une sensiblerie exacerbée et brandie comme un étendard, réponse intelligente à la violence et à l’agressivité associées aux mâles, on ne peut alors que se réjouir d’une victoire du féminin. Mais est-ce pourtant bien l’heure d’exulter ? Ne faudrait-il pas au contraire pleurer la dépilosité au profit du règne de l’imberbe en dépit du retour des barbes ? Car les hommes semblent bien en voie d’extinction. Tendresse, écoute, compassion sont désormais des qualités exigées d’eux. L’archétype masculin est mort, celui du féminin, avec. Difficile de demander aux femmes de rester femmes en présence d’hommes qui n’assument plus le rôle qui leur était dévolu. Non, il ne s’agit pas d’un plaidoyer en faveur de la misogynie, ni d’un appel pour le retour du « dhespotêse », maître de maison de la Grèce antique… Mais davantage de la nécessité urgente d’inscrire au Grenelle de l’environnement, une espèce de plus à protéger.

      Les guerres du siècle dernier, le droit et l’émancipation des femmes (travail, contraception,…) ont remballé l’autorité masculine pour n’en faire qu’un avatar d’arriérés. Les hommes, jusque-là piliers des foyers, sont devenus des chihuahuas qu’il faut assortir au dressing et non, l’inverse. Quoi qu’il se passe, les femmes peuvent assumer le quotidien sans un pénis. Endurcies, virilisées surtout, elles savent faire et élever des enfants sans paire de valseuses grâce à la FIV. Du moins éconduisent elles la valse au profit d’une participation masculine, parfois jugée pénible qui plus est, de quelques secondes. Faire bouillir la marmite, remettre à sa place un mec un peu lourd, au besoin jouer la carte du féminisme pour faire valoir leurs droits lorsque l’offense d’un « Mademoiselle » sévit et décrédibilise leur statut (!), ne sont plus des options mais le quotidien. Fragilisés, les hommes, pauvres d’eux, ne savent plus devenir des hommes mais le savaient-ils vraiment auparavant ? Eux, qui se devaient de passer des jupes de leur mère aux culottes de leur épouse ? Eux, qui devaient pour l’essentiel se construire sans modèle masculin vraiment présent, faute aux paternels de jadis souvent inscrits aux abonnés absents, non par lâcheté mais par nécessité (travail, guerre, tâches extérieures au foyer,..). Nulle envie de réécrire l’histoire des sexes ou de rendre un hommage aux hommes, mais paix à leur âme quand même !

      Simple constat désabusé en somme face à la prolifération des skinnys de ces « ils » de la rue, aux mecs qui exigent de la tendresse après une baise d’hygiène. Simple colère contre moi aussi. J’avoue ! Capable de jurer comme un charretier, manier de la perceuse et de braconner le mâle en ces temps troubles. C’est le moment de l’objectivité en définitive. Sylvia Deutsch ne trouve plus le pouls et ça me provoque une tachycardie de survie pour l’espèce. Qu’est-il en effet advenu de ma douceur mais surtout de la nôtre ? Où est notre féminité ? Si nous le savions, aurions-nous besoin de surjouer et sursexualiser notre attribut génital au point de nous « travestir », de payer pour nous offrir le luxe d’un sexe de gamine de 12 ans et un maquillage concurrençant vainement un rendu Photoshop ?

      Après le constat, l’amertume prend le pas face à ces hommes qui ne sont plus vraiment des hommes, face à ceux qui se taisent quand mes consœurs et moi l’ouvrons. Face à ces hommes qui prennent soin d’eux pour notre plaisir certes, mais qui aiment surtout un peu trop les chatons et les princesses Disney (spéciale dédicace à Graou au passage). Si bien qu’il nous faudrait presqu’être reconnaissantes qu’ils ne pleurent pas après l’orgasme, tant le déballage de leurs émotions est désormais sur le devant du canapé. Pour éviter de s’apparenter à notre meilleure amie, ne reste plus alors qu’aux hommes, le rôle du salop. C’est peut-être encore ainsi qu’ils sont les plus appréciables d’ailleurs, parce qu’ils ont le mérite de forcer notre respect, celui d’un pouvoir qui s’impose à notre insu pour nous replacer dans une fragilité dont nous nous défendons.

     Plus d’un et d’une bondira à la lecture de ces quelques lignes, indexant Sylvia Deutsch de réac et moi, d’esprit rétrograde au passage pour enfoncer davantage le clou. Qu’importe ! Qu’on me tienne la main en me contant fleurette ne me retourne pas les ovaires. Niquer mes 10 cm de talons en marchant dans le caniveau, histoire de ne pas froisser un ego prétendument masculin, ne me semble pas plus envisageable. Oui la virilité ne tient plus à grand chose, seulement à 1m70.

      La fin des genres était annoncée depuis longtemps déjà. Elle se voulait rassurante, véritable droit à la différence et surtout à l’indifférence pour les homosexuels et les transgenres, mais la minute de silence ne serait-elle pas néanmoins de rigueur ? Si l’hermaphrodisme du psychisme est en effet avéré depuis Freud et réconcilie les diverses sexualités, il reste néanmoins à trouver de nouvelles combinaisons de Lego pour qu’hommes et femmes puissent encore s’imbriquer sans nier l’altérité qui sous-tend leurs relations. Quand les petites filles jouent désormais à la guerre, les garçons à la dînette, les propos de Fukuyama apparaissent en tout état de cause comme une surenchère dans La fin de l’homme, les conséquences de la révolution biotechnique : « Il existe une symétrie déconcertante entre le Prozac et la Ritaline. Le premier est prescrit pour les femmes déprimées manquant d’estime de soi : il leur donne davantage de sentiment du mâle alpha qui accompagne les hauts niveaux de sérotonine. La Ritaline, de son côté, est largement administrée aux jeunes garçons qui ne veulent pas rester tranquilles en classe, parce que la nature ne les a jamais programmés à cette fin. D’un côté comme de l’autre, les deux sexes sont ainsi orientés vers une personnalité androgyne moyenne, satisfaite d’elle-même et socialement conciliante – c’est-à-dire le courant “politiquement correct” de la société américaine moyenne ».

      Demain Dieu sera blonde. Demain nous serons tous des femmes. Bienvenue à Goudouland. Promis, on sera gentilles, on fera l’effort d’adopter un ficus, ce nouvel homme tant attendu dont la profondeur tiendra dans la subtilité du mouvement des feuilles et l’intelligence, à celle de savoir cultiver la conciliation du silence. En attendant, croisons les doigts pour que l’un d’eux tape du poing sur la table et soignons le désenchantement par l’humour, quitte à verser dans la caricature.

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     Pour aller plus loin :